Restaurer le territoire après le passage d’un feu : visite de terrain en Colombie-Britannique

C’est d’abord le silence qui m’a frappée à mon arrivée à Elephant Hill, un territoire ravagé par un feu de forêt qui a consumé près de 192 000 hectares en 76 jours, en 2017. Pas le moindre bruissement de feuilles ni de chant d’oiseau. Puis, en avançant sur ce terrain accidenté de l’intérieur sud de la Colombie-Britannique, je voyais partout les arbres tombés au sol et les troncs calcinés au loin. 

Or, cette dévastation n’était que le début. Si la saison des feux de forêt de 2017 était alors la plus destructrice jamais enregistrée dans la province, avec 1,2 million d’hectares brûlés, celle de l’année suivante a dépassé ce record avec 1,35 million d’hectares ravagés par les flammes. En 2023, la superficie touchée a grimpé à 2,84 millions d’hectares, puis deux millions d’hectares supplémentaires ont brûlé de 2024 à 2025. 

Le deuxième jour de ma visite, j’ai toutefois remarqué un signe inespéré : des excréments d’orignaux. Notre groupe s’est aussitôt emballé devant cette preuve de vie. De l’herbe et des mauvaises herbes poussaient également autour, brisant la monotonie infinie de l’écorce carbonisée. Avant l’incendie de Flat Lake en 2021, une forêt d’épinettes, de sapins et de pins de 75 000 hectares couvrait ce secteur près de 100 Mile House, dans la région de Cariboo. 

Des arbres carbonisés et un tronc brûlé au sol à Elephant Hill. © Laura Dehaene

Voilà mes premières impressions de ce voyage de trois jours dans les forêts du territoire traditionnel des Secwépemc, à environ 200 km au nord de Kamloops. Accompagnée d’un groupe de bailleur.euse.s de fonds et de membres du conseil d’administration du WWF-Canada, je venais constater l’avancement des travaux de reboisement menés par la Secwepemcúl’ecw Restoration and Stewardship Society (SRSS) avec le soutien d’autres partenaires locaux, comme Innovatree.   

L’an dernier, la SRSS a planté 922 784 arbres sur 482 hectares, ce qui porte le total soutenu par le WWF-Canada depuis 2021 à 2 024 023 arbres et 1159 hectares. 

J’étais subjuguée par la beauté des montagnes de Cariboo à l’est et de la chaîne Côtière à l’ouest, ainsi que par les rivières qui sillonnaient le paysage entre les deux.

J’étais aussi profondément bouleversée par l’ampleur de la dévastation. En raison de mon travail, je savais que cette région avait été la proie d’importants feux de forêt – la SRSS a été créée en 2017 à la suite de l’incendie à Elephant HillMais sur place, le spectacle était saisissant. J’ai compris à quel point les efforts de restauration sont urgents et essentiels, non seulement pour la terre et les espèces, mais aussi pour les gens qui vivent à cet endroit.  

Alors que nous commençons une autre saison de travail de terrain (et de feux de forêt), voici cinq éléments que j’ai appris l’été dernier :  

Laura Dehaene (WWF-Canada) plantant des semis de sapins de Douglas, à Flat Lake. © Laura Dehaene

La biodiversité est la meilleure arme 

La restauration ne consiste pas seulement à planter des arbres de façon aléatoire. Il faut aussi tenir compte des espèces qui aident à renforcer la résilience des forêts face aux feux potentiels. L’un des éléments clés pour rétablir la santé des écosystèmes forestiers dans cette région consiste à planter des arbres à feuilles caduques (qui perdent leurs feuilles à l’automne), comme le tremble, le bouleau ou le peuplier deltoïde. 

Grâce à leur teneur élevée en humidité, leur écorce épaisse et leur ombrage plus épais que celui des conifères, ces espèces jouent un rôle crucial dans la résistance au feu. 

Il est aussi important de choisir des plantes indigènes qui revêtent une importance culturelle pour les Premières Nations locales, qui s’épanouissent depuis longtemps malgré les feux de forêt de la région, et qui sont reconnues pour leurs propriétés médicinales et alimentaires. Ces plantes comprennent la léwisie à racine amère, la shépherdie du Canada, la gaylussaccia, l’ail penché sauvage et le fraisier sauvage. 

Le pouvoir sous-estimé du sous-bois

Le terme « sous-bois », que j’ai souvent entendu au cours de ce voyage, désigne la couche de végétation située entre la canopée (la cime des arbres) et le sol forestier. Composé de petites plantes comme des arbustes, des fleurs sauvages, des champignons, des semis et de jeunes arbres, le sous-bois contribue à la santé du sol et fournit un habitat aux espèces. Il est essentiel à la régénération des terres et à la santé à long terme de la forêt. 

Épinette plantée à Flat Lake et poussant à côté d’un tronc carbonisé tombé au sol. © Laura Dehaene

Il faut beaucoup de monde pour faire pousser une forêt 

On entend souvent qu’il faut tout un village pour élever un enfant. Au cours de mon séjour, j’ai appris qu’il fallait aussi beaucoup d’expert.e.s et de ressources pour faire pousser une forêt en santé. Préparation du sol, plantation de semis, entretien continu : les arbres ont besoin d’aide pour s’épanouir sur des sols dégradés et brûlés. S’appuyant sur le savoir autochtone et les données scientifiques, les partenaires du WWF-Canada travaillent d’arrache-pied pour reboiser et gérer les écosystèmes touchés par les feux.  

Là où tout prend racine

Le deuxième jour de notre voyage, nous avons visité une pépinière près de la bande de Canim Lake, à environ une demi-heure de route de la ville de 100 Mile House. Cette pépinière se spécialise dans la culture d’espèces indigènes pour les programmes de réintroduction.

Angela Kane, présidente-directrice générale de la SRSS, nous a expliqué le défi constant que présente l’accès aux semences, en particulier celles d’espèces importantes sur le plan culturel, en raison de la gravité croissante des feux de forêt, de l’exploitation forestière et d’autres enjeux sur le territoire. La SSRS et ses partenaires collaborent avec les communautés locales et les pépinières pour lancer des programmes de collecte des semences.  

La propriétaire d’une pépinière locale présentant aux bailleur.euse.s de fonds les nouvelles pousses provenant de semences indigènes. © Laura Dehaene

Une reforestation ancrée dans l’innovation

Grâce à des techniques novatrices, mises en œuvre par des partenaires du WWF-Canada comme Innovatree Carbon Group, nous constatons que les forêts restaurées ne font pas que survivre, elles s’épanouissent. Les technologies intelligentes – comme les capteurs d’humidité du sol (financés en partenariat avec Bell Canada et la RBC Fondation) et l’utilisation de biochar, un type de charbon de bois qui enrichit les sols dégradés – changent complètement la donne. Le travail est loin d’être terminé, car de vastes régions ont encore besoin d’être restaurées, mais les signes de réussite sont déjà bien visibles. 

J’ai quitté l’intérieur de la Colombie-Britannique avec de l’espoir et une reconnaissance encore plus grande pour ce territoire, les gens qui en prennent soin et les bailleur.euse.s de fonds qui rendent le travail possiblecomme la Barrett Family Foundation, la Fondation Peter Gilgan et la Fondation Ronald S. Roadburg, – qui m’accompagnaient durant ce voyage (et qui ont pu doubler leurs investissements grâce à l’engagement du gouvernement du Canada dans le cadre du programme 2 milliards d’arbres)

Ce travail va bien au-delà de la plantation d’arbres : il s’agit de léguer à nos petits-enfants – et aux générations suivantes – des forêts saines dont ils et elles pourront profiter très longtemps.

a group of people standing outside a nursery for plants
Du personnel et des membres du conseil d’administration du WWF-Canada avec des bailleur.euse.s de fonds et des partenaires locaux à la pépinière près de la bande de Canim Lake. © Laura Dehaene / WWF-Canada