Comment les concessions minières menacent la planification de l’aménagement du territoire au Nunavut
En ce moment au Nunavut, un processus appelé l’acquisition de claims miniers façonne discrètement l’avenir des terres et des eaux du territoire. Plus qu’un simple terme technique, le jalonnement de claims est l’un des moyens par lesquels l’industrie minière gruge involontairement les efforts visant à protéger les terres à l’échelle de ce vaste territoire arctique.

Un claim minier accorde à un prospecteur ou à une entreprise minière des droits exclusifs, dans une zone précise, pour rechercher des minéraux de valeur sous la surface. Ces droits peuvent durer jusqu’à 30 ans et, si le détenteur souhaite aller plus loin, il peut demander une prolongation de 21 ans supplémentaires. Cela représente un demi‑siècle d’utilisation du territoire verrouillée, souvent avec très peu — voire aucune — consultation auprès des communautés locales.
En réalité, il n’existe aucune obligation de consulter les communautés avoisinantes avant de jalonner un claim au Nunavut.
La situation s’est aggravée avec les changements apportés au processus de dépôt des claims. Jusqu’à récemment, les prospecteurs devaient se rendre physiquement sur les lieux pour jalonner un claim en personne. Mais il existe maintenant un portail en ligne, ce qui signifie qu’une entreprise titulaire d’un permis, n’importe où dans le monde, peut se connecter au registre numérique, payer des frais minimes et jalonner un claim sans jamais mettre les pieds sur le territoire ni parler aux personnes qui y vivent.
Un moment critique
Depuis des décennies, le Nunavut élabore le Plan d’aménagement du Nunavut (PAN), un cadre visant à protéger les zones écologiques et culturelles prioritaires pour les communautés inuites contre les impacts industriels. Ce plan prévoit notamment des zones d’utilisation limitée, où les activités minières seraient interdites une fois le plan approuvé. Bien que certaines zones soient actuellement protégées contre le jalonnement — comme les aires protégées (10 % du territoire), les cimetières et les terres municipales — la majorité du Nunavut demeure ouverte au jalonnement et au développement miniers.
Le plan a été soumis en juin 2023 et vise à offrir à l’industrie des orientations claires sur les zones ouvertes au développement. Toutefois, il n’a toujours pas été signé par les trois signataires : le gouvernement du Nunavut, le gouvernement fédéral et Nunavut Tunngavik Inc. Entre‑temps, le jalonnement de claims a explosé, y compris dans des zones d’utilisation limitée, comme des habitats sensibles tels que les aires de mise bas du caribou. Avec 2 344 nouveaux claims jalonnés depuis la soumission du plan, couvrant plus de 32 800 km², les protections proposées par le plan pourront‑elles réellement tenir?

Cette ruée risque de miner des années de consultations et de planification dirigée par les Inuit, tout en mettant en lumière un déséquilibre préoccupant : les règlements miniers actuels favorisent les intérêts de l’industrie au détriment des priorités de planification territoriale. Une fois jalonnés, les claims miniers sont très difficiles à retirer. Ainsi, même si un claim ne mène jamais à une mine active, sa simple existence peut bloquer les efforts de protection et de gestion du territoire pendant des années.
Que peut-on faire?
L’approbation du PAN est essentielle. Une fois approuvé, il interdira le jalonnement de claims dans les zones d’utilisation limitée. D’ici là, le Nunavut demeure vulnérable à un jalonnement minier incontrôlé. C’est pourquoi le WWF‑Canada a demandé au gouvernement fédéral d’endosser le PAN, une étape cruciale pour assurer des protections et orienter un développement responsable dans l’Arctique.
Le WWF‑Canada partage également de l’information avec les groupes locaux sur les impacts du jalonnement et soutient les efforts communautaires visant à faire progresser l’approbation du plan et à concrétiser leur vision pour protéger les terres et les eaux du Nunavut.
Pour en savoir plus, écoutez le plus récent épisode de This Is Wild (en anglais seulement), qui explore comment ce plan d’aménagement, longtemps retardé, pourrait être essentiel à la survie à long terme du caribou de la toundra et d’autres espèces.