Restauration des habitats dans les emprises de lignes de transport
La nature se fait de plus en plus rare pour les gens d’ici, car les espaces verts, et les espèces qui en dépendent, sont éliminés des zones urbaines et suburbaines où nous avons concentré nos habitations, nos transports, notre agriculture et nos industries.

C’est notamment le cas de la zone qui s’étend de la ville de Québec jusqu’à Windsor, en Ontario. Cette région, la plus densément peuplée du Canada, concentre la moitié des habitant.e.s du pays, la plupart des grandes villes et le plus grand nombre d’espèces en péril.
Sur une superficie d’environ 6,3 millions d’hectares, du sud du Québec au sud-ouest de l’Ontario, les humains ont converti la majeure partie du paysage naturel de cette région au profit de leur usage et ont fragmenté le reste. Cependant, comme le démontre notre analyse de restauration, même dans les endroits où la plupart des terres sont privées et où les parcs et lieux de conservation sont insuffisants, des occasions subsistent pour créer, relier et améliorer les habitats des espèces (et du même coup séquestrer le carbone).
Et toutes les occasions doivent être saisies, peu importe le lieu, des terres agricoles marginales et des terrains vagues urbains peu prioritaires pour le développement jusqu’aux emprises de lignes de transport d’électricité. Ce sont ces corridors qui nous ont mené.e.s dans les banlieues de la Rive-Sud de Montréal.
Ce que fait le WWF-Canada
Depuis 2021, le WWF-Canada travaille en collaboration avec des municipalités pour définir des sites et restaurer des habitats à l’intérieur des emprises de lignes de transport au moyen de diverses pratiques de gestion comme la modification des calendriers de tonte – en instaurant des tontes retardées ou des zones sans tondeuse – la plantation de semences indigènes, l’élimination d’espèces envahissantes et la culture de plantes indigènes.

Nous avons débuté ce projet pilote en collaboration, dans un premier temps, avec les villes de Saint-Constant et de Brossard, puis celles de Sainte-Catherine et de Salaberry-de-Valleyfield, dont les élu.e.s ont reconnu la valeur ajoutée des espaces verts sains pour leur communauté et ont mis en place des plans pour réaliser ce travail.
Avec le soutien et la collaboration d’Hydro-Québec, notre équipe a défini 160 hectares de sites de restauration appropriés le long des emprises de lignes de transport : des espaces qui, mis à part les parcs, sont souvent les seuls espaces verts reliés restants.

Même lorsqu’ils sont entourés de maisons et d’infrastructures privées ou municipales, ces sites sont vastes et suffisamment diversifiés pour fournir des avantages comme de la nourriture et un abri pour les espèces, tout en séquestrant le carbone et en aidant à atténuer « l’effet d’ilot de chaleur » des zones urbaines denses.
À l’automne 2021, Saint-Constant a retiré 3,1 hectares de gazon, amélioré la structure du sol en ajoutant du compost et planté des semis provenant d’une pépinière locale de plantes indigènes.
Tout près, une zone sans tondeuse a été établie, où la tonte n’est effectuée qu’aux deux ou trois ans (sauf près des pistes cyclables pour des questions de visibilité et de sécurité). Brossard a concentré ses efforts sur la mise en place d’une zone sans tondeuse de 5,4 hectares. À l’automne 2023, les premiers semis indigènes ont été plantés directement dans le gazon sur la moitié de la zone, et des affiches ont été installées pour sensibiliser la population.

Les zones sans tondeuse comportent de nombreux avantages : les longues tiges des herbes et des plantes herbacées (non ligneuses) fournissent un abri sécuritaire et un habitat pour différents animaux, dont les insectes, les oiseaux et les reptiles; diverses plantes indigènes poussent tout au long de la et produisent des graines, augmentant ainsi l’abondance et la diversité des plantes; et le fait de moins tondre l’herbe contribue à atténuer les gaz à effet de serre.
Pour déterminer dans quelle mesure les zones sans tondeuse sont réellement avantageuses, des stagiaires du WWF-Canada ont surveillé l’abondance et la diversité des invertébrés et des plantes indigènes au cours des périodes de croissance 2022 et 2023, de même que la réaction des membres de la communauté face aux zones sans tondeuse.
Les données ont démontré que la diversité des insectes était deux fois plus élevée dans les zones sans tondeuse que dans les zones tondues – de plus grandes populations de pollinisateurs de même que des sources de nourriture plus abondantes pour les oiseaux, les insectes et les mammifères – alors que la diversité des plantes était de 150 % plus élevée. Sans compter que plus de 80 % des membres de la communauté rencontré.e.s par les stagiaires étaient en faveur de l’ajout de zones sans tondeuse dans les emprises de lignes de transport. Par conséquent, les zones sans tondeuse ont été élargies au cours de la période de croissance 2024.
Ce travail collaboratif, qui a déjà permis la restauration de 14,3 hectares, est rendu possible par Hydro-Québec, gestionnaire et intendant de ces corridors, qui donne accès à des sites clés. Son équipe de spécialistes de la biodiversité a également travaillé avec les expert.e.s en biodiversité du WWF-Canada pour créer un guide en français à l’intention des municipalités sur les méthodes de gestion favorisant la biodiversité dans les emprises de lignes de transport et les normes de restauration des habitats, y compris des techniques novatrices et rarement utilisées
Des collaborations comme celles-ci sont de plus en plus essentielles pour fournir aux espèces un accès à des étendues d’habitat qui disposent des ressources dont elles ont besoin pour s’épanouir, en particulier dans des zones densément peuplées où les espaces verts sont précieux et où chaque parcelle de nature restaurée est réellement bénéfique.