D’un champ agricole à un refuge pour espèces
Le bruit de l’eau qui jaillit du sol se mêle au clapotis des bottes de caoutchouc pataugeant dans l’eau, la boue et la végétation. Mais ce n’est pas le seul paysage sonore dans ce champ du sud‑est de l’Ontario.
« Ce que j’ai remarqué en arrivant, c’est le chant des rainettes faux‑grillon de l’Ouest. C’était la première fois que je les entendais, alors c’était vraiment excitant », raconte James Casey, spécialiste principal en restauration au WWF‑Canada, à propos de cette espèce menacée.
C’est exactement ce que notre équipe et les membres de Conservation de la Nation Sud (CNS), un office de protection de la nature, espéraient trouver lorsqu’il.elle.s ont visité le site d’un milieu humide restauré, à environ une heure au sud‑ouest d’Ottawa.
Il y a un an et demi, CNS a acheté cet ancien champ agricole et cette ancienne ferme dans l’espoir de lui redonner son état naturel de milieu humide. Il faut beaucoup de planification et de travail physique pour ramener un paysage transformé à sa forme d’origine — et c’est précisément ce que CNS a entrepris de faire, soutenue par le financement du Programme de subvention nature et climat du WWF‑Canada.

La première étape consistait à déterminer comment inverser les impacts laissés par les ancien.ne.s utilisateur.rice.s, qui avaient créé des systèmes de drainage pour permettre aux cultures de pousser. La solution principale : des étangs. CNS a donc conçu le site de 10 hectares pour déterminer où les placer, ainsi que leur profondeur et leur largeur. Il,elle.s ont ensuite réfléchi aux habitats supplémentaires à créer, comme des amas de roches, et aux types et quantités de plantes à inclure.
Lorsque Catherine Paquette, spécialiste des écosystèmes d’eau douce au WWF‑Canada, a visité le site au début décembre, elle pouvait voir l’eau souterraine remonter pour remplir les étangs en cours de creusement.
« Quand je suis retournée en avril, je pouvais voir les quelque 15 étangs faire exactement ce qu’ils étaient censés faire: retenir l’eau et créer des habitats. » Une visite quelques mois plus tard a révélé encore plus de résultats. « C’est très vert, et un castor a même commencé à construire un mini barrage dans l’un des étangs, ce qui augmente encore le niveau d’eau », dit‑elle.
Grâce à des caméras de surveillance de la faune, l’équipe de CNS a observé toutes sortes d’espèces profiter déjà de leur travail : orignaux, cerfs, dindons sauvages, lynx roux, oiseaux de milieux humides et même ours noirs. De plus, différents types d’étangs attirent différentes espèces. Les étangs plus profonds, qui restent remplis toute l’année, conviennent bien aux castors, aux oiseaux échassiers et aux tortues — y compris la tortue peinte, une espèce préoccupante — tandis que les étangs plus peu profonds attirent les salamandres.
« Les milieux humides sont des foyers de biodiversité, ils sont donc extraordinaires pour toutes sortes d’espèces : tortues, grenouilles, oiseaux », explique James. Le site est également situé près d’un milieu humide d’importance provinciale, ce qui signifie qu’il est protégé contre le développement, créant encore plus d’espace et de connectivité pour les espèces locales.
Mais ce n’est pas tout, ajoute Michelle Cavanaugh, responsable des projets spéciaux à CNS. « Les milieux humides sont importants pour une multitude de raisons. Ils sont aussi excellents pour stocker les eaux de crue, ce qui est particulièrement important au printemps pour protéger les propriétés situées en aval dans la communauté. »
« Nous avons été vraiment chanceux de pouvoir travailler avec le Fonds mondial pour la nature Canada sur ce projet », ajoute‑t‑elle. Les travaux devraient être terminés plus tard cet automne, avec un entretien continu pour s’assurer que l’eau circule là où elle doit aller et que les espèces continuent de prospérer dans leurs nouveaux habitats.