RPVC 2025 : « Quand on prend soin de l’habitat, on prend soin des espèces », Jared Davis, Première Nation Blueberry River

Notre Rapport Planète vivante Canada (RPVC) 2025 a utilisé 5 099 inventaires de populations pour 910 espèces afin de faire le suivi de la perte d’espèces au fil du temps. Mais l’état de santé des écosystèmes ne peut être pleinement capté par un seul système de savoir. Le RPVC 2025 inclut donc des perspectives autochtones de tout le pays.

Jared Davis, un membre de la Première Nation Blueberry River au nord-est de la Colombie-Britannique, est le gestionnaire de la protection culturelle au sein du Département de gestion des terres de sa communauté.

Jared Davis, gestionnaire de la protection culturelle au sein de sa communauté, la Première Nation Blueberry River, au nord-est de la Colombie-Britannique
Jared Davis, gestionnaire de la protection culturelle au sein de sa communauté, la Première Nation Blueberry River, au nord-est de la Colombie-Britannique

Après avoir obtenu un diplôme en Études autochtones de l’Université de l’Alberta, il a réalisé qu’« il y a des limites à ce qui peut être appris dans les livres et qu’il est important de se reconnecter avec la communauté et d’être sur le territoire. » Il est ainsi retourné y vivre à la fin de ses études.

Travailler comme gestionnaire de la protection culturelle a procuré à Jared Davis une meilleure compréhension des gens, des espèces et de l’habitat de la région et de la façon dont sa Première Nation pratique son droit issu de traités de chasse, de pêche et de trappe.

Voici ce que nous a confié Jared à propos des changements qu’il remarque sur le territoire de Blueberry River et des effets cumulatifs du développement :

J’ai mis sur pied un programme de subventions communautaire pour aider à lever les obstacles financiers à la chasse et à la trappe, et inciter les membres de la communauté à reprendre ces activités. Mon travail comme gestionnaire de la protection culturelle m’amène à tisser des liens profonds avec les gens et le territoire. Je peux aussi consulter les rapports sur leurs activités et sur les espèces qu’ils observent, ainsi que toutes les images des lieux qui leur tiennent vraiment à cœur.

La production pétrolière et gazière, l’exploitation forestière et le développement industriel qui se déroulent dans la région de Fort St. John (près de la frontière de l’Alberta), ainsi que les effets cumulatifs de tout cela ont assurément une incidence sur nos droits issus de traités de chasse, de pêche et de trappe.

Une menace ne vient pas seule

Les Ainé.e.s et mon père m’ont raconté que les populations d’orignaux et de wapitis avaient nettement diminué depuis leur enfance. À l’époque, il suffisait de s’aventurer sur les sentiers environnants pour croiser de grands mâles. On les apercevait partout et ils étaient en bien meilleure santé qu’aujourd’hui.

Leurs populations sont maintenant stables, mais elles n’augmentent pas, elles ne s’épanouissent pas. Les effets cumulatifs des nombreuses routes construites et du développement urbain entrainent non seulement des collisions mortelles avec des voitures, mais modifient l’habitat des animaux et leurs aires de mise bas, ce qui a une incidence sur les populations et leur santé.

Les dérèglements climatiques sont aussi un problème. L’hiver dernier, par exemple, a été particulièrement difficile, car les températures n’étaient pas assez froides pour éliminer les tiques, et de nombreux orignaux en étaient couverts. C’étaient des orignaux fantômes : certains étaient tout blancs, d’autres présentaient de larges zones dépourvues de poils.

C’est malheureux de constater à quel point ils n’ont pas l’air en santé. Ils sont maigres et leur fourrure est terne. Ils ne sont pas attirants et la viande est moins savoureuse.

Une illustration montrant les menaces auxquelles les espèces telles que l'orignal sont confrontées
Illustration de Shawna Kiesman

Une mort à petit feu

Nous avons récemment remporté une victoire importante contre la province quand la Cour suprême de la Colombie-Britannique a conclu que les effets cumulatifs du développement industriel sur notre territoire traditionnel avaient des répercussions négatives importantes sur les terres, les eaux, le poisson et les animaux. Cette décision a eu une incidence sur notre façon d’exercer nos droits en vertu du Traité no 8.

Par conséquent, nous avons conclu un accord de mise en œuvre avec la province. Cet accord décrit les effets cumulatifs sur les populations d’espèces qui déclinent et les façons dont nous pouvons collaborer pour assurer l’intendance du territoire dans la région.

Ensemble pour la surveillance des changements

Grâce au programme de subventions, nous nous assurons que nos trappeur.euse.s et chasseur.euse.s signalent tout animal observé – en prenant des photos et en précisant le lieu. Ces personnes notent aussi les routes empruntées et les secteurs où elles se trouvent. Nous avons également mis en place plusieurs projets de surveillance par caméra afin de mieux documenter les espèces présentes sur le territoire et leur nombre.

Nous aimerions éventuellement établir davantage de partenariats avec la province, notamment pour un projet de pose de colliers qui nous permettrait de suivre les déplacements des espèces et de connaitre les aires de mise bas.

Les espèces font partie intégrante de notre vie

La stabilité des espèces est importante pour notre peuple à plusieurs égards. C’est notre lien avec le territoire qui nous sert d’ancrage et nous aide à définir notre identité en tant que peuple chasseur, trappeur et pêcheur sur ces territoires traditionnels. Cela fait partie de notre histoire et de nos liens.

Notre Rapport Planète vivante Canada 2025 révèle le déclin moyen le plus sévère des populations d’espèces à ce jour. Découvrez ce qui arrive dans les habitats au pays – et comment nous pouvons freiner et renverser la perte d’espèces avant qu’il ne soit trop tard.