Voici ce qu’il faut faire pour mettre fin à 50 ans de perte de biodiversité et renverser la tendance
Vous croyez avoir aperçu un faucon pèlerin? Peu importe où vous vous trouvez au Canada, c’est bien possible. Ces oiseaux de proie plongent entre les gratte-ciel des grandes villes comme Montréal et Toronto, fondent sur les plages côtières de la Colombie-Britannique et survolent même des régions comme Rankin Inlet , au Nunavut, à l’extrémité nord-ouest de la baie d’Hudson.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi, du moins, pas dans les dernières décennies.
À partir des années 1950, le recours au DDT , un pesticide mortel, a poussé ces rapaces au bord de l’extinction. À mesure qu’il remontait la chaîne alimentaire, cet agent s’accumulait progressivement.
Lorsqu’il a atteint les faucons pèlerins, sa concentration était telle qu’il a eu pour effet d’amincir la coquille de leurs œufs, jusqu’à provoquer l’effondrement des populations.
Lorsque les scientifiques ont mis le doigt sur la cause du déclin rapide de cette espèce, et que les gouvernements se sont engagés à soutenir les mesures de conservation ciblées, c’est la combinaison de l’interdiction du DDT et des programmes de reproduction en captivité qui ont permis la résurgence de ces magnifiques oiseaux.
De nos jours, l’aire de répartition de cette espèce rassemble des dizaines de milliers d’individus. Cette réussite en matière de conservation nous rappelle qu’il existe des solutions afin de prévenir l’extinction des espèces.
Il suffit de les mettre en œuvre.
Un recul constant
La dernière édition de notre Rapport Planète Vivante Canada (RPVC 2025) a dévoilé que, depuis 1970, les populations d’espèces recensées au Canada ont connu un déclin moyen de 10 %. Tous les groupes d’espèces (oiseaux, poissons, mammifères, reptiles et amphibiens) suivent une tendance à la baisse. Certaines espèces connues pour être en danger depuis longtemps, comme le caribou des bois, la chevêche des terriers et l’épaulard résident du Sud, ne sont toujours pas en voie de rétablissement.
Pendant ce temps, les gouvernements des différentes provinces canadiennes donnent la priorité au développement rapide, en allégeant la réglementation destinée à protéger la nature et les espèces en péril. Sans parler du gouvernement fédéral, qui peinait déjà à atteindre ses engagements en matière de protection et de restauration.
Si l’on veut renverser cette tendance au déclin, il faut en faire plus. Il faut agir rapidement. Ces chiffres sont certes alarmants, mais n’oublions pas que nous savons déjà ce qui fonctionne.
Protection et restauration : des concepts de conservation éprouvés

Lors de la COP15, la conférence de l’ONU sur la biodiversité qui s’est tenue à Montréal il y a quelques années, le Canada a contribué à l’élaboration du Cadre mondial de la biodiversité , qui exige que, d’ici 2030, chaque pays signataire protège 30 % de ses terres et de ses eaux et restaure 30 % de ses zones dégradées.
À quatre ans de la date butoir, force est de constater que, malgré tous les efforts déployés depuis des décennies, nous n’avons fait que la moitié du chemin en matière de protection et avons pratiquement fait du sur place en ce qui concerne la restauration. Le moyen le plus sûr de favoriser le rétablissement des populations d’espèces consiste à accélérer la désignation d’aires protégées et à augmenter le financement des initiatives de restauration qui visent à créer des habitats plus sains.
Le défi : trouver l’équilibre entre croissance et conservation
L’environnement et l’économie sont souvent considérés comme des forces adverses. Mais en réalité, ces deux concepts sont étroitement reliés. Un développement effréné peut nuire à la nature, tandis que des écosystèmes sains sont indispensables à notre économie.
À mesure que nous modernisons nos infrastructures, développons nos ressources et diversifions nos partenariats commerciaux, le Canada peut — et doit — trouver un équilibre entre croissance économique et promotion de la conservation, en appuyant les mesures de protection de l’environnement, en respectant les droits des Autochtones et en tenant compte des répercussions sur l’environnement dans ses décisions.
Savoir, c’est bien. Suivre les progrès, c’est mieux.

Notre Indice Planète vivante Canada se base sur l’un des meilleurs ensembles de données relatives à l’abondance des vertébrés à l’échelle nationale. Malgré cela, près de la moitié des espèces vertébrées du pays demeurent encore méconnues à ce jour.
La création d’un cadre national de suivi et l’investissement dans les technologies connexes pourraient nous aider à évaluer l’efficacité des mesures de conservation, en fournissant des renseignements essentiels sur les zones d’amélioration en matière de lutte contre le déclin des espèces.
Alors, maintenant que nous connaissons les solutions théoriques, comment peut-on les mettre en pratique?
Eh bien, tout passe par l’action : qu’il s’agisse de créer des aires protégées et de conservation autochtones , de désigner des aires de protection et de restauration prioritaires, de ralentir les navires et de dévier leur itinéraire lors de la migration des baleines, ou encore de s’assurer que les activités d’extraction des ressources sont réalisées loin des habitats essentiels comme les aires de mise bas du caribou de la toundra.
Ce qu’il y a de bien avec les tendances, c’est qu’elles peuvent évoluer dans un sens comme dans l’autre. Le sort des espèces d’ici dépend de l’équilibre que nous établissons dès aujourd’hui entre protection de la biodiversité et course à la prospérité.
Le temps presse. Agissons.