Pour les épaulards en voie de disparition, le Canada cherche à gérer les symptômes tout en aggravant les causes

Sur fond de mer des Salish, en Colombie-Britannique, le gouvernement fédéral a annoncé, le 29 septembre 2026, un engagement de 1,2 milliard de dollars pour protéger les océans du Canada. Peu d’endroits illustrent mieux à la fois l’importance de la conservation marine et les conséquences de l’inaction.

L’annonce à North Vancouver répondait à un besoin de longue date en matière de surveillance, d’application de la réglementation et de capacité d’intervention sur les trois côtes du pays.

Mais alors même qu’Ottawa prévoit accélérer le développement dans l’écosystème où cette annonce a été faite, y compris par une autre annonce, deux jours plus tard, désignant le pipeline pétrolier de la côte Ouest, désormais officiellement appelé Pacific Link, comme un « projet d’intérêt national », ces mesures suffiront-elles à répondre aux menaces croissantes qui pèsent sur cet habitat marin?

Et si ce n’est pas le cas, qu’adviendra-t-il des derniers épaulards résidents du Sud qui y vivent?

Cette population d’épaulards en voie de disparition a vu la mer des Salish devenir progressivement plus fréquentée, plus bruyante, plus polluée et moins riche en saumons quinnat dont elle a besoin pour survivre. Aujourd’hui, il ne reste qu’environ 75 épaulards résidents du Sud.

Pourtant, plusieurs des mesures annoncées cette semaine ne répondent pas aux besoins identifiés par la science. Elles visent davantage à gérer les symptômes du déclin des écosystèmes qu’à s’attaquer à ses causes.

Southern Resident killer whale jumping out of water
Un épaulard résident du Sud © Shutterstock

Les scientifiques comprennent clairement pourquoi les épaulards résidents du Sud sont en difficulté et ce qu’il faut faire pour favoriser leur rétablissement. En 2025, un groupe de scientifiques canadiens et américains a conclu que leur rétablissement dépend de trois conditions essentielles : davantage de saumons quinnat, des eaux plus silencieuses et moins de pollution. Cela signifie restaurer les populations de saumons en péril afin que les épaulards puissent accéder à leur principale source de nourriture, réduire le bruit et les perturbations causés par les navires et empêcher les polluants nocifs de contaminer les habitats marins.

Prenons l’exemple du nouvel objectif du gouvernement visant à maintenir le bruit sous-marin aux niveaux de 2023, des niveaux déjà trop élevés. Les scientifiques et les organismes de réglementation savent depuis des années que le bruit généré par l’augmentation du trafic maritime complique la communication, l’orientation et la recherche de nourriture chez les épaulards résidents du Sud. Maintenir les niveaux de 2023 pourrait empêcher une aggravation de la situation, mais ne suffira pas à réduire la cacophonie qui menace déjà ces épaulards.

Les investissements du gouvernement fédéral dans la protection des océans, le rétablissement du saumon et la conservation marine démontrent qu’il comprend les défis auxquels cette région est confrontée. Pourtant, il compromet simultanément ses propres efforts en favorisant l’expansion rapide des infrastructures et l’augmentation du trafic maritime dans le même écosystème.

Les examens du projet d’agrandissement du pipeline Trans Mountain (TMX), déjà en service, ainsi que du projet portuaire Roberts Bank Terminal 2 (RBT2), ont tous deux recommandé une meilleure gestion de leurs effets cumulatifs sur la région et davantage de mesures de protection pour les épaulards résidents du Sud. Malgré cela, les projets ont continué d’avancer.

Le pipeline est entré en service en mai 2024, augmentant le trafic de pétroliers dans la mer des Salish de près de 600 %, tandis que le terminal portuaire a été approuvé par Ottawa en 2023, assorti de centaines de conditions visant à répondre aux préoccupations environnementales et d’une date d’ouverture prévue en 2033. Il attend toujours les derniers permis fédéraux requis en vertu des lois protégeant les poissons et les espèces en péril.

En septembre, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il envisageait de désigner RBT2 comme projet d’intérêt national en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada. Mais le premier grand projet à obtenir cette désignation est arrivé le 1er octobre : le pipeline pétrolier Pacific Link, long de 1 250 kilomètres, qui transporterait un million de barils de pétrole par jour de l’Alberta vers un nouveau terminal proposé à Roberts Bank, une zone industrielle située au sud de Vancouver, près de l’embouchure du fleuve Fraser et de la réserve de gestion de la faune de Roberts Bank.

La Loi visant à bâtir le Canada accorde au gouvernement le pouvoir d’exempter les projets d’intérêt national de certaines lois environnementales, notamment la Loi sur les espèces en péril, la Loi sur les oiseaux migrateurs et la Loi sur les pêches. Le projet de loi C‑39, intitulé Loi pour bâtir un Canada fort, irait encore plus loin en permettant au Cabinet de modifier ou de supprimer des conditions imposées à des permis fédéraux existants, y compris celles applicables à RBT2. Pour les épaulards résidents du Sud et les saumons dont ils dépendent, cela pourrait se traduire par un affaiblissement des protections au moment même où elles sont le plus nécessaires.

Un épaulard résident du Sud (Orcinus orca) bondissant hors des eaux du détroit de Haro, en Colombie-Britannique (Canada).

Une véritable protection des épaulards, telle que l’exige la Loi sur les espèces en péril lorsqu’un gouvernement conclut qu’une « espèce fait face à des menaces imminentes pour sa survie et son rétablissement » — ce que ce gouvernement a reconnu en novembre 2024 — inclurait des seuils réglementaires de bruit sous-marin établis à l’échelle régionale pour la mer des Salish et conçus spécifiquement en fonction de la biologie et des besoins en habitat des épaulards résidents du Sud.

Une surveillance accrue ne sauvera pas les épaulards résidents du Sud. Nous savons déjà ce qu’elle révèle grâce à près d’une décennie de suivi au moyen de microphones sous-marins. La science est claire. Les recommandations ont été formulées. Les règles et les pouvoirs juridiques pour les mettre en œuvre existent déjà.

La véritable question est maintenant de savoir si le gouvernement fédéral est prêt à agir en fonction de ce qu’il sait déjà : respecter les protections prévues par la Loi sur les espèces en péril et la Loi sur les pêches, ou permettre que les lois adoptées pour prévenir l’extinction des espèces soient écartées, projet après projet, au nom de l’« intérêt national ».

Pour les épaulards résidents du Sud, il ne reste peut-être plus beaucoup d’occasions de prendre la bonne décision.