L’agrandissement proposé par Baffinland pourrait rendre les eaux de l’Arctique 16 fois plus bruyantes

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Toronto, le 9 octobre 2026 – Un important corridor migratoire pour les narvals, les baleines boréales et les bélugas pourrait devenir l’une des routes maritimes les plus bruyantes de l’Arctique, révèle une nouvelle étude du WWF-Canada sur l’agrandissement proposé de Steensby par Baffinland. 

Le projet triplerait presque le nombre annuel actuel de passages de vraquiers liés à la mine, qui passerait de 84 à un maximum de 242, tout en déplaçant une grande partie du trafic de la route actuelle du détroit d’Eclipse vers un nouveau corridor traversant le bassin Foxe et le détroit d’Hudson. Dans l’ensemble du corridor, les niveaux de bruit sous-marin devraient être multipliés par sept d’ici 2030, tandis que la voie de navigation elle-même pourrait devenir jusqu’à 16 fois plus bruyante qu’en 2019. 

Ces résultats dépassent largement l’augmentation prévue, déjà préoccupante à quatre fois, dans une grande partie de l’Arctique. Une hausse aussi importante et rapide des niveaux sonores poserait de graves risques pour les baleines de l’Arctique et d’autres espèces marines qui dépendent du son pour communiquer, s’orienter, trouver leur nourriture et éviter les dangers, ainsi que pour les communautés inuites qui en dépendent. 

Selon le WWF-Canada, des impacts d’une telle ampleur justifient une réévaluation du projet avant qu’il ne soit mis en œuvre, d’autant plus qu’il a été approuvé il y a 14 ans sur la base d’évaluations environnementales amorcées il y a deux décennies. 

Baleine boréale et son baleineau nageant dans l’océan Arctique © NOAA / Photo du National Ocean Service / Flickr

Plus de bruit pendant plus longtemps, moins d’habitat 

L’agrandissement de Steensby transformerait la perturbation par le bruit des navires, actuellement  occasionnelle, en une pression persistante pour la faune et ce, tout au long de l’année. Dans le bassin Foxe, qui abrite la plus importante concentration de morses au Canada, le bruit des navires devrait dépasser les niveaux sonores naturels environ la moitié du temps d’ici 2030. Dans le détroit d’Hudson, véritable « autoroute » marine pour les baleines, ce bruit devrait dépasser les niveaux naturels presque en permanence. 

Le bruit sous-marin généré par le trafic maritime lié à la mine masquerait une grande partie du paysage sonore naturel, réduisant des deux tiers l’habitat où la vie marine peut entendre et être entendue dans l’ensemble du corridor bassin Foxe-détroit d’Hudson, et des trois quarts dans la portion sud de la route maritime. 

Les baleines boréales commencent leur migration dans ce corridor pendant la période la plus active de la saison de navigation, et leurs vocalisations chevauchent les basses fréquences produites par les navires. Les transporteurs de minerai emprunteraient également la même route migratoire que les narvals. 

« Si le projet va de l’avant, Baffinland effectuerait plus de 200 traversées chaque année dans le corridor du bassin Foxe et du détroit d’Hudson, ce qui ferait augmenter considérablement le bruit sous-marin, le propagerait plus loin et le ferait persister plus longtemps dans des habitats essentiels pour les baleines, les morses et les phoques de l’Arctique. Pour ces espèces, le son fait partie de leur habitat. Lorsque le bruit industriel envahit cet espace, il devient plus difficile pour elles de communiquer, de trouver de la nourriture et de se déplacer en sécurité, et cela pourrait même les pousser à abandonner des zones essentielles à leur survie », explique Sam Davin, spécialiste principal de la conservation marine et de la navigation au WWF-Canada et coauteur du rapport. 

« Davantage de navires signifie également davantage de pollution, plus d’émissions de carbone noir ainsi qu’un risque accru de déversements de carburant et de collisions mortelles avec les navires. Ce niveau de perturbation aurait de graves conséquences pour l’environnement marin, la faune et les communautés inuites, et devrait entraîner un nouvel examen du projet avant qu’il ne soit réalisé. » 

Des préoccupations persistantes au sein des communautés 

Le bruit sous-marin peut forcer certaines espèces à quitter leurs habitats habituels. Dans le détroit d’Eclipse, où le transport maritime associé à la mine Mary River a commencé en 2015, des chasseur.se.s inuit.e.s ont signalé une diminution du nombre de narvals, de phoques, d’oiseaux marins et d’ombles chevaliers dans des eaux qui soutiennent leurs communautés depuis des générations. 

L’agrandissement de Steensby accentuerait ces impacts et les étendrait à de nouveaux habitats, touchant davantage de communautés qui dépendent de la faune marine pour leur alimentation, leur culture et leur mode de vie. 

« Ces eaux ne sont pas de simples voies de navigation. Ce sont des territoires de chasse, des routes de déplacement et des lieux d’une profonde importance culturelle », affirme Paul Okalik, spécialiste principal de l’Arctique au WWF-Canada. « Si le trafic maritime lié à la mine est déplacé vers le bassin Foxe et le détroit d’Hudson, les communautés qui dépendent de ces espèces doivent être véritablement entendues avant qu’une décision soit prise. » 

À propos du WWF-Canada 

Le WWF-Canada s’engage à mettre en œuvre des mesures de conservation équitables et efficaces qui restaurent la nature, inversent le déclin des espèces et luttent contre les changements climatiques. L’organisation s’appuie sur l’analyse scientifique et les orientations des peuples autochtones afin de faire converger toutes ses actions vers un même objectif : un avenir où les espèces, la nature et les populations prospèrent ensemble.