Creusons l’importance de la santé des sols

Le 5 décembre n’est peut-être pas la journée de sensibilisation la plus connue à travers le monde, mais elle rend hommage à un élément essentiel à la vie sur Terre : les sols. Pour souligner l’occasion, nous avons demandé à Cathal Doherty, spécialiste, Carbone et écosystèmes du WWF-Canada, ainsi qu’à Ryan Godfrey, notre expert botaniste, de nous parler de l’importance des sols, de leur incidence sur les plantes que nous cultivons et de notre rôle dans la préservation de la santé des sols et des écosystèmes.

Plan rapproché d'une main creusant un trou pour l'échantillonnage du sol.
Creusement d’une fosse pédologique pour l’échantillonnage du sol afin de mesurer le stock de carbone à différentes profondeurs. © Anchorview Media

Tout d’abord, à quoi fait-on référence quand on parle des sols?

Cathal Doherty : Les sols sont vivants. Ils sont composés d’un amalgame de bactéries, de champignons, de restes d’éléments vivants, de fragments de roches ainsi que d’eau et d’air. Les bactéries et les champignons sont responsables de la respiration des sols, en plus de servir de nutriments aux plantes, qui, à leur tour, les nourrissent.

Cathal smiling and giving a thumbs up while holding a soil core in a long plastic sleeve, wearing a raincoat and standing beside a stream.
Cathal Doherty © Marianne Fish

Pourquoi les sols sont-ils si importants?

Cathal : Parce qu’ils constituent le fondement même des écosystèmes terrestres. La plupart des plantes ne peuvent pas pousser sans sol. Elles peuvent trouver une fissure dans une roche, mais cette fissure doit contenir de la terre. Les sols fournissent des nutriments aux plantes et permettent leur croissance. C’est le plus grand service qu’ils rendent aux humains.

Ryan Godfrey : Sans les sols, nos paysages ressembleraient à ceux de la Lune ou de Mars. Ils seraient essentiellement constitués de roches et d’un peu d’eau. Mais aucune plante n’y pousserait. À mon avis, ce serait un peu comme dans les films de science-fiction.

Mais quel lien existe-t-il entre les sols et le climat?

Cathal : Le sol renferme environ 80 % du carbone de l’écosystème d’une région donnée. La séquestration à long terme du carbone un phénomène qui consiste à piéger le carbone présent dans l’atmosphère et à le conserver, contribuant ainsi à réguler le climat repose donc en grande partie sur les sols et non sur les plantes. Les plantes l’introduisent dans le sol, mais c’est lui qui l’emmagasine. D’ailleurs, le carbone absorbé par les plantes retourne finalement dans le sol lorsqu’elles meurent.

Alors comment la santé et l’état des sols se dégradent-ils?

Cathal : Les sols sont composés de quatre éléments : des matières organiques (organismes vivants et leurs vestiges), des minéraux, de l’eau et de l’air. Si quoi que ce soit perturbe l’un de ces éléments, le sol sera dégradé. Par exemple, l’assèchement d’une terre humide affecte la quantité d’eau dans le sol. De même, la construction d’une route dans une prairie provoque une compression de l’air contenu dans le sol.

L’équilibre entre ces quatre éléments doit être maintenu. Tout mécanisme qui contribue à préserver cet équilibre favorise la santé des sols. Au contraire, ceux qui nuisent à cet équilibre engendrent la dégradation des sols. Supposons qu’un polluant pénètre dans le sol et tue les plantes. Alors, les racines ne poussent plus et l’érosion s’accélère. Les nutriments se retrouvent submergés et ne peuvent plus alimenter les bactéries, qui meurent à leur tour. Il n’y a donc plus de sol, plus rien de vivant. Il ne reste qu’un tas de minéraux, incapables de soutenir la croissance des plantes.

D’accord. Dans ce cas, en quoi la culture de plantes indigènes est-elle bénéfique pour les sols?

Close-up of Ryan lying on soil strewn with pine needs with his head resting on a small bag.
Ryan Godfrey © Ryan Godfrey

Ryan : Les plantes indigènes ont développé une relation particulière avec les micro organismes présents dans les sols, à qui elles donnent une partie de leur énergie. En retour, ces micro organismes leur fournissent des nutriments et aident leurs racines à avoir accès à une plus grande quantité d’eau. Une relation réciproque s’est ainsi développée au fils des millénaires et des générations. Et plus l’espèce indigène évolue au sein du système depuis longtemps, plus cette relation est efficace. À l’inverse, elle fonctionne moins bien pour les espèces récemment introduites.

Cathal : De plus, les plantes indigènes sont généralement dotées de racines profondes. Elles ont également tendance à entretenir des liens étroits avec une plus grande diversité de champignons et de bactéries. Tous ces d’éléments permettent aux écosystèmes des sols de conserver une structure et un fonctionnement sains. Grâce à leurs racines profondes qui gardent les sols intacts, les plantes indigènes favorisent l’aération des sols, facilitent l’infiltration de l’eau et des nutriments et limitent l’érosion. Ces systèmes racinaires profonds contiennent de grandes quantités de carbone, et leur façon de maintenir la structure des sols contribue au stockage du carbone, en particulier sur le long terme.

Que pouvons-nous faire d’autre pour promouvoir la santé des sols?

Ryan : Tout repose sur l’équilibre entre ces quatre éléments : les minéraux, les matières organiques, l’eau et l’air. Prenez un moment pour observer votre jardin et réfléchir aux déséquilibres potentiels. Si le sol a été compacté lors du passage de la machinerie, pourriez-vous le rendre plus spongieux? Les plantes qui possèdent de grosses racines peuvent servir à aérer le sol.

Ma préférée, l’onagre, possède une racine pivotante très profonde qui crée de l’espace dans le sol avant sa mort. Si le sol est friable, de type minéral, évitez de ramasser les feuilles ou plantez de nombreuses plantes (idéalement, celles reconnues pour résister aux conditions difficiles) afin d’y ajouter des matières organiques.

Jeunes plants de diverses espèces qui poussent dans un contenant rempli de terre avec en arrière-plan d'autres contenants, la rambarde du balcon ainsi que des immeubles
Plantes indigènes qui poussent dans un contenant rempli de terre sur un balcon en Ontario © Ryan Godfrey

Cathal : Quand j’ai commencé à étudier la science des sols à l’université, j’ai changé ma façon de jardiner. J’ai réalisé que, pour avoir un jardin en santé, il ne faut pas se concentrer sur les plantes, mais s’assurer d’avoir un sol sain. Par exemple, il vaut mieux arroser le sol autour des plantes que les plantes elles-mêmes puisque l’eau va passer par les racines qui, elles, se trouvent dans le sol.

La plupart des sols présentent une faible teneur en carbone, ce qui veut dire qu’ils sont toujours à la recherche de cet élément. C’est pourquoi vous voulez les « nourrir » avec des feuilles et autres matières organiques. En d’autres mots, le sol fournit des nutriments, mais a besoin de carbone en retour. Et s’il n’en reçoit pas, il ne pourra pas se développer et procurer autant de nutriments aux plantes la saison suivante.

Ryan : Il faut arrêter d’ignorer les sols et leur accorder davantage d’attention. Une des manières que je préfère faire ceci est de prendre une poignée de terre et de la sentir. Tout le monde connaît l’odeur d’une bonne terre. Nous avons tous et toutes déjà déambulé dans une forêt saine qui sentait bon. Auparavant, le sol de mon jardin sentait la pierre et la craie. Depuis cinq ou six ans, j’y cultive des plantes indigènes. Maintenant, il sent la bonne terre.