Le WWF-Canada réclame l’arrêt de la pêche au capelan pour protéger l’espèce

Océan

L’effondrement des stocks de capelan nécessite une approche de précaution à Terre-Neuve-et-Labrador

St. John’s, T.-N.-L., 9 mars 2021 – En réponse à l’absence de rétablissement des stocks effondrés de capelan, le Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada) réclame l’arrêt de la pêche au capelan à Terre-Neuve-et-Labrador. Cette demande arrive au moment où Pêches et Océans Canada (MPO) commence son évaluation scientifique du stock de capelan 2J3KL, un processus qui fournira une mise à jour scientifique afin d’informer l’élaboration de mesures de gestion (telles que le total admissible des captures) pour la saison de pêche à venir.

Le capelan (Mallotus villosus) pendant le frai, sur une plage de Petley, Terre-Neuve, Canada. © Anna OLAFSDOTTIR

Le relevé acoustique printanier du MPO pour le capelan n’a pu être complété à temps et de façon sécuritaire pour l’évaluation de cette année. Toutefois, l’évaluation de 2020 avait estimé l’abondance a seulement 4 % des niveaux historiques et elle projetait la probabilité d’un déclin additionnel de 90 %.

Selon les études publiées par les scientifiques du MPO et le savoir local et autochtone, l’abondance du capelan a chuté précipitamment il y a 30 ans et ne s’est jamais rétablie depuis.

En dépit des preuves écrasantes de l’état critique du stock, le cadre d’approche de précaution du MPO n’a jamais été mis en place. Cela signifie qu’il n’existe aucun point de référence formel ou de règle préétablie de contrôle du prélèvement de ce poisson essentiel. Pour le moment, la fermeture de la pêche – jusqu’à ce que l’approche de précaution puisse être appliquée – représente une première étape essentielle pour permettre aux populations de capelan de se rétablir.

Sigrid Kuehnemund, V.-P. Espèces et industrie du WWF-Canada, affirme :

« Il n’y a aucun doute. Nous pêchons une espèce effondrée. En plus des rapports scientifiques accablants, les communautés côtières rapportent la diminution ou encore l’absence de capelan frayant sur les plages, ainsi qu’une absence de capelan dans l’estomac des poissons comme l’omble, le saumon et la morue. En ne protégeant pas ce poisson-proie, nous ne priorisons pas la santé de l’écosystème, ce qui aura des impacts à long terme sur la biodiversité et l’économie de la région. »

Les facteurs qui indiquent que le capelan est toujours menacé :

Les données scientifiques présentées dans l’évaluation de 2020 du capelan indiquent que le risque d’impact de la pêche sur l’état des stocks était accru, en raison de la faiblesse des stocks. Les indicateurs de santé du stock montraient que :

  • Le capelan a frayé plus tard dans la saison, avec pour résultat un taux de survie plus faible; les quantités de larves de capelan ont été faibles pendant au moins 6 ans (2014-2019).
  • Le capelan devient mature à un plus jeune âge, alors que les plus vieux individus (4 à 6 ans) disparaissent des filets.
  • La répartition du capelan s’est étendue vers le sud, laissant moins d’individus pour les espèces au large du Labrador, comme l’omble, le turbot et la morue.
  • La plus récente évaluation du stock de morue franche montre que le capelan (sa source d’alimentation primaire) a disparu de la diète des morues.
  • La morue est affamée, ce qui a empiré sa condition corporelle dans les récentes années.
  • Le MPO trouve maintenant des niveaux alarmants de cannibalisme chez la morue (qui mange ses propres petits).
  • Les niveaux récents de consommation de capelan par les poissons prédateurs, la répartition du capelan, son taux de croissance et son taux de maturation sont tous cohérents avec une faible abondance de capelan.

Une faible abondance de capelan a des impacts qui vont au-delà de la pêche

Le manque de capelan affecte négativement les communautés côtières de toute la province, non seulement par sa faible disponibilité, mais aussi en raison des effets qui se répercutent jusqu’aux plus grands prédateurs, comme le saumon atlantique, la morue franche et l’omble arctique. Plusieurs communautés côtières, notamment celles situées au NunatuKavut et au Nunatsiavut, au Labrador, ont exprimé leur préoccupation à propos de l’abondance du capelan, et certaines ont demandé la fermeture de la pêche commerciale du capelan pour protéger la sécurité alimentaire locale.

À propos du capelan

  • Le capelan est une espèce clé, car il joue un rôle important dans l’écosystème marin en tant que source de nourriture pour les prédateurs comme la morue franche, les baleines et les oiseaux de mer.
  • La santé des populations de capelan dépend de la température, des nutriments et du plancton, donc leur nombre peut fluctuer grandement en fonction des changements environnementaux.
  • Les communautés côtières du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador peuvent identifier les habitats de frai du capelan et contribuer à la conservation de l’espèce en signalant leurs observations de capelan à ca.

L’évaluation initiale du capelan de la division 2J3KL aura lieu du 9 au 12 mars. Les résultats seront discutés lors de rencontres de consultation des parties prenantes, qui feront ensuite leurs recommandations à la ministre des Pêches. Une décision sera prise pour la pêche de l’été 2021 en zones 2J3KL et 3Ps avant juin 2021.

 

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