Le retrait d’un secteur d’un projet d’aire marine protégée est un recul inquiétant pour le béluga du Saint-Laurent en voie de disparition

Béluga

Cette décision du gouvernement québécois menace le garde-manger des bélugas et crée un important précédent, selon le WWF-Canada

Montréal, 30 octobre 2020 – Un article paru hier matin dans La Presse a révélé le retrait non annoncé d’un segment d’un projet aire marine protégée (AMP) dans l’estuaire du Saint-Laurent. Ce secteur en amont du fjord du Saguenay avait pourtant été ciblé pour son importance écologique, puisqu’il s’agit d’une frayère pour la reproduction du capelan et de l’éperlan arc-en-ciel, des poissons-proies dont se nourrit le béluga.

Ce secteur d’intérêt couvre aussi la zone portuaire où est a été proposé un nouveau terminal maritime pour l’exportation de gaz naturel liquéfié.

En réaction à cette nouvelle, Sophie Paradis, cheffe de la conservation au Québec pour le Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada), affirme :

« Retirer ne serait-ce qu’une portion d’un projet d’aire marine protégée crée un dangereux précédent pour les espèces marines. Cette décision ne met pas seulement en danger l’habitat des poissons-proies dont se nourrit le béluga, mais elle démontre également que les protections marines peuvent être annulées si de nouvelles occasions de développement se dessinent. La localisation des AMP doit être basée sur la science. Une décision comme celle-ci nuit à la qualité de l’aire protégée dans son ensemble, ce qui aura à long terme un impact sur la biodiversité de toute la région.

« Notre récent Rapport Planète vivante Canada a révélé que les populations d’espèces en péril de chez nous ont décliné de près de 60 % au cours des 50 dernières années. Et ce sont précisément des décisions comme celle-ci qui expliquent que ces déclins dévastateurs se poursuivent. Ce secteur fournit un approvisionnement alimentaire essentiel pour les bélugas. En omettant de le protéger, nous ne protégeons pas le béluga.

« Le temps a démontré que les AMP sont le meilleur outil pour protéger les espèces marines contre les activités industrielles néfastes et assurer leur rétablissement. En septembre dernier, nous avons félicité le gouvernement du Québec d’avoir porté à près de 10 % ses projets d’aires marines protégées. Mais l’annonce d’hier va dans le sens contraire de ce que nous avons entendu en septembre, et elle constitue un inquiétant pas en arrière. Nous demandons au gouvernement du Québec de reconsidérer cette décision et de s’engager à nouveau à protéger cet espace essentiel pour les espèces marines. »

Pourquoi les AMP sont-elles aussi importantes :

La santé des océans dépend d’un réseau d’aires marines protégées qui contribuent à la protection des espèces, des habitats et des écosystèmes. Les AMP abritent la vie marine et les habitats océaniques afin qu’ils puissent se rétablir des effets néfastes des activités humaines comme la pollution et la surpêche. De façon similaire aux aires terrestres protégées (comme les parcs nationaux par exemple), les aires marines protégées sont des lieux mis en réserves pour permettre la conservation à long terme de l’environnement en protégeant non seulement une espèce, mais un écosystème dans son ensemble. Les réseaux d’AMP constituent un corridor protégé dans toute l’aire de répartition des espèces, ce qui leur permet de se déplacer de manière relativement peu perturbée au sein de leur aire de répartition.

À propos de la population de bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent :

  • La population de bélugas du Saint-Laurent est en voie de disparition et compte moins de 900 individus.
  • Cette population de bélugas est confrontée à trois menaces principales : le manque de nourriture adéquate et accessible (dont le capelan et l’éperlan arc-en-ciel), la pollution par les contaminants et le bruit maritime (pollution sonore) et d’autres perturbations humaines.
  • Les bélugas se nourrissent de divers poissons et invertébrés, utilisant l’écholocation pour trouver leurs proies.
  • Les bélugas vivent de 15 à 30 ans et atteignent leur maturité sexuelle entre 5 et 7 ans. Une femelle béluga donne naissance à un petit tous les 3 ans.

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À propos du WWF-Canada
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Laurence Cayer-Desrosiers, spécialiste communications, WWF-Canada
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