Bonnes nouvelles pour les ours polaires de l’Arctique canadien!

Par Brandon Laforest du WWF-Canada et Melanie Lancaster du WWF Arctique

Les ours polaires de certaines régions du Canada reprennent du poids et leur nombre s’accroît, selon les résultats d’un relevé récent de deux des 19 sous-populations mondiales d’ours polaires.  

Ours polaire
Des nouveaux relevés des sous-populations d’ours polaires du chenal M’Clintock et du golfe de Boothia montrent des améliorations depuis les années 1990 (© Kevin Xu Photography / Shutterstock) 

Les scientifiques ont découvert que les efforts rapportent et que les ours ont, du moins temporairement, bien répondu aux changements touchant la banquise arctique. Cela se reflète dans leur condition corporelle – ils sont plus gras qu’au milieu et à la fin des années 1990 – et par la taille de leurs populations, qui sont stables ou en croissance depuis deux décennies.   

Les deux sous-populations d’ours polaires évaluées par ces relevés, soit celles du chenal M’Clintock et du golfe de Boothia, sont voisines dans le territoire de l’Arctique central canadien, au Nunavut. La première sous-population a connu une croissance, passant de 325 ours à la fin des années 1990 à 716 aujourd’hui, tandis que la sous-population du golfe de Boothia est demeurée plus stable à environ 1500 ours.  

Des actions locales contribuent au rétablissement des populations 

La hausse de la population du chenal M’Clintock est en partie due à la bonne gestion adaptative. Les ours polaires du chenal M’Clintock sont cogérés par les gouvernements et les communautés inuites.

Cette cogestion inclut la régulation du prélèvement durable par les Inuit.e.s, en accord avec leurs droits et leurs traditions, tout en assurant la santé et la pérennité de la population d’ours. Une combinaison de science et de savoir inuit a été utilisée pour mettre en place des actions de gestion au début des années 2000, en réponse à une chute marquée de la population du chenal M’Clintock.   

Deux résidents inuits de Taloyoak, au Nunavut, marchent au soleil, un parhélie dans le ciel.
Taloyoak est un hameau de mille personnes situé dans la péninsule de Boothia au Nunavut, Canada (© Brandon Laforest / WWF Canada)

Les Inuit.e.s étaient d’accord pour restreindre leurs prélèvements pendant quelques années pour permettre à la population de se rétablir, et il.elle.s ont aussi apporté leur savoir et leurs observations pour assurer le suivi du rétablissement des ours. Cette collaboration a obtenu d’excellents résultats.   

La banquise, un foyer invitant 

Nous savons que les ours polaires ont besoin de la banquise pour presque tous les aspects de leur vie, soit chasser des phoques, trouver des partenaires et se déplacer en général. La banquise représente ce que la forêt est aux orangs-outans : un habitat essentiel.   

Pour ces sous-populations nordiques d’ours polaires, la vieille glace bien épaisse dominait jusqu’à récemment. Ce type de glace s’appelle la banquise pluriannuelle parce qu’elle a survécu à la fonte plusieurs étés.

D’une épaisseur pouvant atteindre quatre mètres, cette vieille banquise est comme une lourde couverture sur la surface de l’océan, empêchant la lumière du soleil d’atteindre l’eau en dessous, ce qui limite la croissance des algues. Les algues forment la base du réseau alimentaire de l’océan Arctique, nourrissant depuis les petits organismes jusqu’aux poissons, aux phoques et aux ours polaires. Sans lumière, il y a une quantité limitée de nourriture pour les ours.  

Après la fonte, le renouveau 

Les scientifiques disent que les ours du chenal M’Clintok et du golfe de Boothia sont en meilleure forme en partie à cause de la banquise maintenant plus mince.  

Ours polaire marchant sur de la glace fine
Un ours polaire marchant sur de la glace fine, dans le parc national de Wapusk, Manitoba (WWF-Canada / James Carpenter)

Pour ces sous-populations nordiques d’ours, les trois dernières décennies ont vu une transformation complète de leur habitat. La vieille banquise est remplacée par de la glace qui fond et se régénère chaque année. Cette ouverture de l’océan signifie qu’il a une plus grande productivité : plus d’algues, de zooplancton, de poissons et de phoques, soit de meilleures possibilités de chasse fructueuse pour l’ours polaire.  

Rien ne va plus? 

Parmi le déluge de nouvelles déprimantes en lien avec la crise climatique, ces constats sur les ours polaires font chaud au cœur. Cependant, les scientifiques affirment que cette remontée n’est que temporaire. En septembre 2020, la banquise a atteint sa seconde plus petite surface de l’histoire documentée.

Le visage glacé de l’Arctique, que nous prenons pour acquis comme une caractéristique éternelle des régions polaires, continuera de disparaître au cours des prochaines décennies. Et fonderont aussi ces petits succès que nous constatons présentement chez les ours polaires. 

Si la réduction de la banquise a conduit, dans cette partie de l’Arctique, à une plus grande abondance de nourriture pour les ours polaires, cela signifie également que ces sous-populations perdent leur plateforme permanente d’où elles chassaient toute l’année durant. Des estimations récentes suggèrent que l’Arctique connaîtra des étés sans glace dès 2030. Un tel changement aurait des impacts monumentaux sur les écosystèmes marins arctiques, y compris sur les ours polaires. 

Ce sont les gestes posés par les résident.e.s du Nunavut qui ont contribué au rétablissement de la sous-population du chenal M’Clintock, mais tous les enjeux de conservation des ours polaires ne peuvent être résolus localement. À moins que nous, en tant que communauté planétaire, ne réduisions drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, il n’y aura plus, à la fin de ce siècle, qu’une poignée de sous-populations d’ours polaire près du pôle.  

 Carte de la sous-population d'ours polaires
Carte de la sous-population d’ours polaires