À la défense des chauves-souris, qui ont plus que jamais besoin d’être protégées

Little brown bat (Myotis lucifugus) in flight
© Sherri et Brock Fenton / WWF-Canada

Les chauves-souris sont une des espèces les plus incomprises et les plus craintes. Et leurs populations connaissent un déclin partout dans le monde.

Malgré leur mauvaise réputation, l’importance des chauves-souris pour la santé de la nature et des humains ne doit pas être sous-estimée.

Les chauves-souris sont ce qu’on appelle une espèce indicatrice, ce qui signifie qu’elles nous renseignent sur la santé d’un écosystème. Elles sont sensibles aux changements dans leur environnement et leur présence peut indiquer qu’un écosystème est relativement sain.

Elles fournissent aussi de nombreux services écosystémiques. Et si certain.e.s ont peur des « chauves-souris suceuses de sang », il n’y a en réalité que trois types de chauves-souris (sur 1300!) qui se nourrissent du sang des animaux. Les autres consomment essentiellement des insectes et des fruits.

Les chauves-souris insectivores aident à contrôler les populations d’insectes, dont certains des plus dommageables pour l’agriculture. Certaines espèces de chauves-souris peuvent même manger l’équivalent de leur poids en insectes en une seule soirée!

Les chauves-souris frugivores agissent comme pollinisatrices, en plus de disperser les graines, et elles peuvent aider des forêts à se régénérer après avoir été rasées pour d’autres fins. En fait, plus de 300 plantes comestibles dépendent des chauves-souris pour la pollinisation, dont le manguier, le bananier, le pêcher et l’agave (à partir de laquelle on produit la téquila!). Même le fruit le plus puant du monde, le durian, est pollinisé par les chauves-souris en Asie du Sud-Est.

Mondialement, les populations de chauves-souris connaissent un déclin causé par de nombreux facteurs, dont la perte et la fragmentation de leurs habitats. Au Canada, les chauves-souris ont été grandement affectées par le syndrome du museau blanc, une maladie fongique qui touche les chauves-souris qui hibernent. Le champignon provoque des réveils plus fréquents en hiver, gaspillant rapidement leur réserve de gras. On observe souvent un duvet blanc autour du museau des chauves-souris mortes ou mourantes, d’où le nom de syndrome du museau blanc.

En 2014, trois espèces de chauves-souris de chez nous, soit la petite chauve-souris brune, le vespertilion nordique et la pipistrelle de l’Est, ont été placées d’urgence sur la Liste des espèces en péril à cause des effets dévastateurs du syndrome du museau blanc. À certains endroits, le champignon a anéanti des colonies entières. Ce syndrome se répand principalement entre les chauves-souris, ou encore de l’environnement des grottes aux chauve-souris. Il peut aussi se répandre quand des humains le transportent d’une colonie à l’autre sans le savoir, en le portant sur leurs chaussures, leurs vêtements ou leur équipement.

Malheureusement, la COVID-19 a entraîné un nouvel enjeu pour les chauves-souris, qui ont été injustement blâmées d’avoir causé la pandémie. S’il est connu que les chauves-souris sont porteuses de certaines souches de coronavirus, la source de la souche du virus SARS CoV-2 est encore inconnue. Les scientifiques enquêtent toujours sur la façon dont le virus responsable de la COVID-19 serait entré en contact avec les humains.

Cette nouvelle peur des chauves-souris met l’espèce encore plus en danger. On en a tué ou abattu partout dans le monde au nom de la sécurité humaine. Sans égards pour l’origine du virus, la COVID-19 est maintenant une maladie humaine et le virus se contracte par contagion entre humains, et non des animaux aux humains.

Horseshoe bats, like Rhinolophus trifoliatus pictured here, are known reservoirs of coronaviruses
© Emily Giles

Il est intéressant de savoir que plusieurs avancées médicales sont attribuables aux chauves-souris. Contrairement à la croyance populaire, elles sont plus étroitement apparentées aux humains qu’aux rongeurs! Saviez-vous que la salive de la chauve-souris vampire avait été utilisée pour aider à comprendre les caillots sanguins? Un composé appelé draculine (comme le Comte Dracula!) a aidé à améliorer les traitements pour les victimes d’accident vasculaire cérébrali. On croit aussi que les dérivés de leur salive peuvent aider à d’autres affections, comme les maladies rénales, cardiaques et l’hypertension. Les chauves-souris sont aussi capables de vivre exceptionnellement longtemps pour leur taille, et on sait qu’elles sont moins sujettes au cancer.

Il est possible que nous trouvions des façons de prédire, et donc de prévenir, de futures pandémies par l’étude des chauves-souris et de leurs relations avec les virusii. Elles ne souffrent pas des nombreux virus qu’elles portent, et n’en développe aucun symptômeiii. En fait, ce sont les mammifères qui portent le plus grand nombre de virus de zoonosesiv.

Un des domaines de recherche où les scientifiques travaillent actuellement est la façon dont les virus qui ont évolué chez les chauves-souris peuvent survivre à leur température corporelle élevée, qui est normalement de 38 à 41 degrés Celsius lorsqu’elles sont en vol. C’est un défi pour les humains, puisque notre corps a évolué pour réagir aux pathogènes en développant une fièvre, qui tue habituellement les virus et les bactéries qui causent les infections chez les personnes.

Récemment, une équipe de l’Université de Saskatchewan a déterminé que les chauves-souris portent un autre type de coronavirus, celui du syndrome respiratoire du Moyen-Orient
(MERS), sans tomber malade. Cette recherche peut nous aider à comprendre comment les coronavirus sont capables de passer d’une chauve-souris à une autre, puis à d’autres animaux. Ce travail a aussi montré que le stress chez les chauves-souris peut aussi jouer un rôle dans la capacité du coronavirus de contaminer d’autres espèces. Ironiquement, ce stress peut être causé par d’autres infections, comme le syndrome du museau blanc, la perte d’habitat ou d’autres menaces posées par les humainsv.

i University of Queensland. Vampire bat breakthrough shows bloodsuckers could save lives (2019). https://www.studyinternational.com/news/vampire-bat-breakthrough-shows-bloodsuckers-could-save-lives/
iiUniversity of Saskatchewan. « Bat ‘super immunity’ may explain how bats carry coronaviruses, study finds: Bat-virus adaptation may explain species spillover, researchers say. » ScienceDaily. ScienceDaily, 6 May 2020. www.sciencedaily.com/releases/2020/05/200506133614.htm
iiiAhn, M., Anderson, D.E., Zhang, Q. et al. Dampened NLRP3-mediated inflammation in bats and implications for a special viral reservoir host. Nat Microbiol 4, 789–799 (2019).
viOlival, K. J. et al. Host and viral traits predict zoonotic spillover from mammals. Nature 546, 646–650 (2017).
vUniversity of Saskatchewan. « Bat ‘super immunity’ may explain how bats carry coronaviruses, study finds: Bat-virus adaptation may explain species spillover, researchers say. » ScienceDaily. ScienceDaily, 6 May 2020. www.sciencedaily.com/releases/2020/05/200506133614.htm.